Les migrations en Europe au XXIe siècle 

Rapport pour l'ARIS

Colloque du 21 et 22 novembre 2002 - Parlement Européen - Strasbourg

Organisé par le Comité d'action sociale en faveur des populations issues de l'immigration (Castrami)

de Francesca Rosati Freeman

 

Le premier jour du colloque s'est passé dans les locaux du Conseil de l'Europe. Il s'est ouvert sur le thème :

L'identité, c'est quoi ?

Les intervenants étaient d'accord sur le fait qu'un concept d'identité européenne devrait être développé et que l'objectif d'une Europe multiculturelle serait réalisable avec une harmonisation des politiques d'immigration et d'intégration des 15 pays membres. La coopération entre les institutions européennes et les ONG devrait s'intensifier pour combattre le racisme et pour une meilleure protection de la dignité humaine. Le deuxième atelier :

Droits des migrants, mais lesquels ?

s'est ouvert avec l'intervention de David Hudson qui travaille pour le British Refugee Council et qui vient de publier un document : "Good practice guide on the integration of refugees in the European  Union". Il souligne le fait qu'il ne suffit pas d'élaborer une liste de droits pour les immigrés et les refugiés, mais il est important de faire connaître la manière d'avoir accès aux droits. Pour Hudson la discrimination provenant de l'apparence plus que de la nationalité touche la deuxième et troisième génération. Pour Michel Villan - Directeur au Ministère de la région Wallonne - l'intégration est une notion qui évolue aussi bien dans les mentalités que dans les partis politiques. La loi sur les nationalités, elle aussi évolue. Le droit à l'accès à l'emploi ne comporte aucun changement dans la Constitution et pourrait être appliqué, par contre le droit de vote pour les étrangers, au niveau local, reste bloqué car il implique un changement juridique. Dans le troisième atelier :

Islam en Europe : une chance ou un risque ?

les intervenants ont parlé de la présence de l'Islam dans l'espace européen, de ses enjeux et de ses problèmes. L'Islam en Europe n'arrive pas avec les immigrés, sa présence sous les Aragonais est millénaire et n'est pas forcément maghrébine. Les communautés musulmanes les plus importantes sont asiatiques et les arabes ne sont pas tous musulmans. L'Islam est une religion plurielle, comme le Christianisme, se prêtant à différentes lectures et interpretations; tous les musulmans n'ont pas la même histoire, ni la même appartenance. L'Islam est le nouveau partenaire interreligieux des églises. Marie Hélène Gillig - Députée européenne - parle des droits des femmes musulmanes et affirme que l'Islam est un risque parce que les valeurs de cette religion ne sont pas respectueuses des droits de la femme. Dans le quatrième atelier :

L'élu local et l'intégration

la parole a été donnée à Catherine Trautmann - Conseillère municipale à Strasbourg. Mme Trautmann a dénoncé l'insuffisance des centres d'accueil et l'attitude défensive et passive du gouvernement français. Il n'y a pas d'intégration possible sans le droit de vote et sans le droit à la nationalité. Elle a en outre dénoncé les discriminations non seulement envers les immigrés, mais aussi envers les entreprises qui embauchent les immigrés. Elle a fait la différence entre assimilation qui implique le renoncement et la perte de l'identité et intégration par laquelle l'immigré essaie de trouver le point d'équilibre, d'une part, entre sa culture et sa langue d'origine, et d'autre part, entre la connaissance de la langue et de la culture du pays d'accueil. Elle pense que les femmes musulmanes doivent s'organiser et lutter pour l'égalité. La religion ne leur empêche pas de faire des études et de s'instruire. Elle a insisté sur le fait que chrétiens et musulmans devraient apprendre à cohabiter. Ne pas donner la liberté de culte aux immigrés, serait une manière de les amputer, parce que souvent ils ne connaissent bien que leur religion. Pour l'intervenante, aborder les problèmes liés à l'immigration c'est aborder la relation avec des pays défavorisés. Elle a terminé sur une note positive en évoquant l'immigration italienne aux Etats-Unis, au début du XXème siècle. Ces immigrés se sont bien intégrés. Mme Trautmann espère qu'il en sera de même pour l'immigration maghrébine dans les pays européens.

Le deuxième jour du colloque a eu lieu au Parlement européen. Il s'est ouvert sur le thème :

Discrimination ou la régression démocratique 

John Wrench - Danish Center for Migration and Ethnic Studies (DCMES), Danemark - a parlé de la discrimination à l'emploi : beaucoup de personnes se plaignent de harcèlement, insultes, etc., mais elles ne portent pas plainte. Un programme de formation éducative contre les attitudes racistes et l'application de l'égalité des chances seraient des mesures anti-discriminatoires à prendre en considération, mais il existe une discrimination juridique qu'il faudra combattre avec des directives européennes. En juin prochain ces directives devraient obliger chaque pays membre à adopter une législation anti-discriminatoire. Selon François Barthelme - Délégué régional du Fond d'action et de soutien pour l'intégration et la lutte contre les discriminations (FASILD), Strasbourg - malgré une prise en charge politique au niveau législatif, médiatique, institutionnel ainsi qu'au niveau des entreprises, la discrimination dans l'emploi n'a pas diminué, au contraire, elle a augmenté. Il a parlé des différentes sortes de discrimination et de la différence entre discrimination directe et indirecte. Rachid Alaoui - Docteur en socio-économie de l'Agence Développement Relations Interculturelles (ADRI) à Paris - pense que pour lutter contre la discrimination, il faudrait une reconnaissance publique de son existence, une compréhension de sa complexité et une élaboration d'une attitude non seulement militante ou morale, mais aussi professionnelle. Les réponses individuelles ne suffisent pas, il faut des réponses professionnelles. Isil Gachet - Secrétaire exécutive de la Commission européenne contre le racisme et l'intolérance (ECRI), Strasbourg - a mis l'accent sur l'aspect alarmant d'une idéologie xénophobe avec une augmentation d'actes d'hostilité, de manifestations xénophobes et discriminatoires envers les immigrés, les refugiés et les requérants d'asile. Les Roms sont la cible de manifestations violentes. L'antisémitisme et l'islamophobie persistent avec une augmentation des préjugés. La persistance de la discrimination est due au manque de dispositions anti-discriminatoires en Europe, qui devraient couvrir beaucoup de domaines en plus de l'emploi. L'article 14 est un article accessoire parce qu'il manque de clause générale d'interdiction de la discrimination. C'est une lacune qui a été comblée seulement par Chypre et la Georgie, qui l'ont ratifiée. Vingt-huit autres l'ont signée, la France l'ignore. Fin 2003, les pays devraient se mettre à niveau avec les directives européennes. Une législation adéquate devrait couvrir tous les droits et prendre en compte la religion, la langue et la nationalité, promouvoir l'égalité et prévenir la discrimination. L'aspect juridique ne suffit pas à la lutte contre la discrimination, mais elle ne peut pas s'en passer. Dans le dernier atelier :

Immigration et pays d'origine

Les intervenants : Driss El Jazami - Directeur de Générique, France - Alima Boumediene-Thiery - Députée européenne et Noria Ouali - Sociologue, Université de Bruxelles - ont souligné la pauvreté des pays d'origine souvent gouvernés par des despotes. La première génération d'immigrés a permis la reconstruction de l'Europe après la deuxième guerre mondiale. Les jeunes issus de l'immigration essaient d'établir un nouveau rapport avec leurs pays d'origine : de plus en plus, des associations européennes coopèrent avec des associations établies dans les pays d'émigration, comme, par exemple, l'Association des femmes marocaines. Il est important de promouvoir cette coopération et valoriser le statut de coopérant. Il faut arrêter de parler d'immigration clandestine quand cette immigration pourvoit aux besoins des pays d'accueil. L'Europe ne peut pas se faire sans le Sud.  

Observations 

Parmi les auditeurs : des associations locales, des membres du parti socialiste, des représentants des commissions parlementaires, des personnes à titre individuel, quelques étudiants. J'ai pris des contacts avec les associations et parlé avec Isil Gachet de l'ECRI et Michel Villan, Directeur au Ministère de la région Wallonne en Belgique, sur les possibilités de sanction dont pourrait disposer l'Europe envers les pays qui ne suivent pas les directives européennes en matière d'immigration. J'ai parlé en particulier de la nouvelle loi italienne sur l'immigration qui discrimine en plusieurs points les immigrés par rapport aux citoyens. Les deux m'ont demandé une copie de la loi que j'ai aussitôt fournie. Dans la salle ne circulait aucun document, désormais on les retrouve tous sur l'Internet.

Le colloque a été très intéressant aussi bien en ce qui concerne l'intervention de spécialistes en matière d'immigration que par l'intervention du public dans le débat, mais il a été focalisé, en grande partie, sur l'immigration maghrébine en France, en négligeant les autres flux migratoires dans et vers l'Europe : albanais, pays de l'Est, chinois, philippines etc. Aucun mot n'a été prononcé sur la double peine. J'ai l'impression qu'il a été beaucoup question d'immigration et très peu question des immigrés et des lois qui les discriminent.

 
     
 

Durban : échec ou succès ?

(Août-septembre 2001)

Conférence à St Genis-Pouilly - 31 janvier 2002

de Francesca Rosati

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Pour beaucoup la Conférence de Durban a été un échec . Les journaux du monde entier, quatre mois après la fin de la Conférence, continuent de le répéter.

L'échec selon la presse a été causé par deux facteurs  :

•  Le fait que les Etats-Unis et Israël se soient retirés de la Conférence en raison du langage insultant employé dans les accusations contre Israël et en raison du fait qu'ils ne voulaient pas remettre en question une résolution de 1975, révoquée en 1991, qui définissait le sionisme comme une forme de racisme.

•  La question des réparations économiques vers les pays qui ont subi l'esclavage et le colonialisme et qui a opposé en particulier le groupe africain et l'Union Européenne.

J'en ajouterai un troisième, mais la presse n'en a pas beaucoup parlé, c'est que la Conférence des Etats a refusé de parler des Dalits, une caste indienne qui représente 250 millions de personnes victimes de toute sorte de discriminations.

Pour ce qui concerne le premier point, vous savez déjà qu'à Durban deux Déclarations finales ont été rédigées et votées, l'une par les ONG dont le but était de soumettre un texte qui reflète l'opinion de la société civile au sujet des thèmes discutés par les gouvernements, et l'autre par les délégués des gouvernements qui étaient censés tenir compte du texte des ONG. Chacune de ces déclarations contient un programme d'action. Le paragraphe 162 de la Déclaration des ONG qualifie Israël d'état raciste pratiquant une forme d'apartheid considérée comme un crime contre l'humanité et caractérisée par la séparation, la ségrégation, la dépossession, l'accès limité aux terres, la dénationalisation et les actes inhumains.

Or, la question qui s'est posée est pourquoi avoir donné un traitement spécial à l'Etat d'Israël et pas aux autres pays qui mènent une politique raciste ou discriminatoire.

Le révérend Jesse Jackson , présent à Durban dans un débat, a affirmé qu'il n'était pas nécessaire de proposer dans cette déclaration un langage qui semblait cibler l'Etat d'Israël, le bilan des droits humains étant assez triste dans tous les pays et la question du racisme étant trop vaste pour la réduire à une controverse au Moyen-Orient. Si on donnait l'étiquette d'état raciste à Israël alors il faudrait la donner aussi à beaucoup d'autres états. En fait, pourquoi le même traitement n'a-t-il pas été appliqué à la Turquie pour les Kurdes, à la Chine pour les Tibétans, à la Fédération Russe pour les Tchétchènes, au Sri Lanka pour les Tamouls, à l'Inde pour les Dalits ou à tous ces pays qui mènent une politique raciste envers les immigrés, les réfugiés politiques et les requérants d'asile ?

Il faut dire que les Palestiniens à Durban étaient mieux représentés que les autres groupes, ils étaient très nombreux et ils se faisaient entendre avec des mégaphones, en distribuant des tracts et des tee-shirts et en organisant des manifestations. Leur pression a été très forte.

Malgré la virulente polémique autour de la déclaration finale du Forum et les distances prises par quelques ONG à l'égard du paragraphe 162 concernant les accusations contre l'Etat d'Israël, le texte a été accepté à l'unanimité et sera la base de la lutte contre le racisme pour les cinq années à venir.

La Haut-Commissaire aux Droits de l'Homme, Mme M. Robinson , a regretté publiquement de ne pouvoir recommander dans sa totalité la déclaration finale des ONG aux délégués des Etats, certains paragraphes étant inutiles et inappropriés, mais elle allait leur suggérer d'adopter les bonnes recommandations qui y étaient contenues. Elle a qualifié d'excellents les paragraphes concernant les immigrés, les réfugiés, les peuples autochtones et la justice pénale. Elle a trouvé qu'un ample espace avait été donné aux victimes du racisme et que la déclaration montrait un très grand engagement de la part des ONG. Ce que les média ont retenu, c'est que cette Déclaration n'était pas recommandable. Bref, un seul paragraphe sur 473 n'était pas acceptable et pour la presse c'était l'échec.

Est-ce que c'est bien le paragraphe 162 qui a fait que les Etats-Unis et Israël ont quitté la Conférence? Officiellement oui, mais ce retrait constituait un bon prétexte pour ne pas revenir sur la traite des esclaves et ne pas répondre à des questions embarrassantes comme la peine de mort ou le sort reservé aux Amérindiens. En outre la pression de la communauté afro-américaine leur faisait craindre la réclamation de toutes sortes de réparations.

J'ai personnellement assisté au retrait de la délégation américaine qui avait décidé de rencontrer les ONG des Etats-Unis pour leur expliquer les raisons de leur départ de la Conférence. La rencontre devait avoir lieu à l'Université, à vingt minutes à pied du lieu de la Conférence. Il était 19 heures et tout le monde venait de sortir des différents meetings. Quand la nouvelle a été diffusée, on s'est précipités pour ne pas manquer cette rencontre. La délégation américaine est piteusement repartie sans aucune explication sur les raisons de leur retrait, en donnant l'excuse qu'il y avait trop de media, alors qu'il n'y avait qu'une seule caméra.

L'autre élément que la presse a présenté comme un élément d'échec de la Conférence, est la question des réparations .

(Le fait que le mot [compensatoires], que vous pouvez lire sur les transparents, soit écrit entre crochets, signifie que les délégués se reservaient le droit de revenir sur ce point plus tard, parce que dans les Commissions préparatoires précédentes à la Conférence, ils n'étaient pas parvenus à un accord).

A Durban il y a eu de nombreux débats sur ce sujet. Les pays africains réclamaient les réparations sur quatre plans : moral, historique, scientifique et économique.

- Sur le plan moral ils réclamaient des excuses.

- Sur le plan historique, ils réclamaient la présence de la traite des esclaves dans les livres d'histoire.

- Sur le plan scientifique, ils réclamaient la possibilité de consulter les archives (d'ailleurs l'Espagne a déclaré avoir l'intention d' ouvrir bientôt ses archives).

•  Sur le plan économique, ils réclamaient la quantification des dégâts et une aide au développement. Les pays européens pourraient commencer par l'élimination de la dette.

La justification de la demande de réparations, réside dans le fait que les racines du racisme idéologique remontent à la période de la conquête européenne. Certes l'esclavage était une pratique déjà connue des Africains, mais ses dimensions étaient limitées.

La traite atlantique s'est distinguée, non seulement par sa brutalité, son ampleur et la quantité de vies humaines perdues, mais aussi par son organisation, par sa durée et par l'élaboration d'une théorie de la supériorité de l'homme blanc qui l'a légitimée. Les africains et les ascendants des africains ont été victimes de ces actes et continuent à en soubir les conséquences.

Il serait léger de tourner le dos à un passé qui est toujours présent, et pourtant les Américains et les Européens avaient pris position pour que la question ne soit même pas posée.

Alors que les pays africains réclamaient , les Américains partaient et les Européens allaient le faire, si à la dernière minute M. Mbeki, président de l'Afrique du Sud, n'était intervenu personnellement auprès de la délégation européenne pour trouver un accord. La Conférence devait se terminer le soir du 7 septembre et tous les journaux avaient déjà préparé leurs articles sur l'échec de la Conférence, mais les travaux de la Conférence ont été prolongés encore d'un jour.

Et c'est ce jour là, quand tout le monde avait déjà lu les articles sur l'échec de la Conférence que l'esclavage a été officiellement reconnu par les délégations gouvernementales comme crime contre l'humanité ; à ce moment-là les délégations africaines se sont levées et ont applaudi longuement, c'était la grande joie.

Bien que la presse ait écrit que cette reconnaissance avait été prononcée du bout des lèvres et negociée in extremis et bien que la délégation européenne ait fait effacer la partie du texte où cette reconnaissance impliquait des réparations économiques, personne ne peut ignorer qu'il s'agit bien d'une première mondiale dans un contexte international .

Cette reconnaissance a été suivie d'une querelle car les pays africains auraient voulu qu'elle soit inscrite dans le programme d'action pour lui donner plus de poids, mais les pays européens ne voulaient pas céder sur ce point, craignant d'ouvrir la voie à des réparations économiques auxquelles ils n'entendaient pas s'engager. Pour finir dans la version définitive de la déclaration des Etats qui date du 3 janvier 2002, cette reconnaissance est inscrite au paragraphe 13 et non pas dans le programme d'action.

Il est vrai que l'Etat d'Israël a été l'objet d'un traitement particulier, il est vrai qu'il n'y a pas eu d'accord sur les réparations économiques, mais comme vous l'avez déjà constaté sur les transparents, la liste des sujets discutés à Durban, aussi bien au Forum qu'à la Conférence des Etats est très longue et variée.

Certains sujets amplement discutés au forum n'ont pas trouvé leur espace dans la Conférence des Etats et n'ont pas bénéficié de l'écho international qu'ils méritaient.

C'est le cas des Dalits qui ont trouvé leur place dans le Forum, mais la Conférence des Etats a refusé d'entrer en matière à leur sujet, il s'agissait là de caste et non pas de race.

Et pourtant les Dalits étaient là, très nombreux, plus nombreux que les palestiniens et très organisés, ils ont même entamé une grève de la faim pour quelques jours, mais ils ont été ignorés.

Il paraît que les discriminations contre 250 millions de Dalits en Inde, n'étaient pas suffisantes d'une part pour en parler dans une conférence contre toute forme de discrimination et d'autre part pour attirer l'attention des media. Le même sort a touché les 13 millions d'Ouighours de Chine, les Bourakous du Japon, les Kurdes et la liste est beaucoup plus longue. Cela aurait pu être une occasion rare pour ces groupes d'alerter l'opinion publique mondiale sur les discriminations dont ils sont victimes, mais ils ont été laissé à l'écart doublement par les gouvernements et par les media.

La presse a volontairement focalisé l'attention sur deux sujets, très importants, personne ne le met en doute, mais elle a oublié des dizaines d'autres sujets, moins spectaculaires, mais aussi importants.

- Le dur travail des commissions thématiques sur l'immigration et les refugiés n'a pas bénéficié non plus de l'écho international qu'il aurait mérité. Le paragraphe de la Déclaration des Etats concernant l'immigration réconnait « les positives contributions au niveau économique, social et culturel données par les immigrés, les refugiés et les requérants d'asile aux pays d'origine et d'accueil et déclare que la xénophobie contre les non-nationaux, en particulier, les immigrés, les refugiés et les requérants d'asile est une des plus importantes sources du racisme contemporain. Il condamne les actes de racisme contre les immigrés et réaffirme la responsabilité des Etats de protéger les droits humains des immigrés et de les sauvegarder et de les protéger contre les attaques racistes. Il lance un appel aux Etats pour faciliter la réunification familiale et souligne l'effet positif de l'intégration des immigrés ».

•  Les ONG se sont fait les porte-parole des groupes sociaux les plus discriminés, comme les femmes, les enfants, les veuves, les handicapés et les homosexuels.

Au cours d'une commission thématique « Jeunesse et enfants », une femme sudafricaine a posé la question : « Où sont mes enfants zoulous ? » C'était une travailleuse sociale qui s'occupait des enfants zoulous abandonnés qui traînaient dans les rues de Durban. Il paraît que, quinze jours avant le début de la Conférence, la police avait « nettoyé » les rues de tous les enfants qui traînaient et les avait emmenés dans la campagne, à quelques kilomètres de la ville, ou en prison. Les enfants de la rue sont des orphélins dont les parents sont morts du SIDA ou qui s'échappent de chez eux parce qu'ils y sont maltraités.

•  Des délégations de Rom provénant de différents régions du monde entier se sont rencontrés au Forum à Durban et parlé des différents sujets concernant le nettoyage ethnique, l'anti-tziganisme, toutes les discriminations dont les Rom sont victimes.

•  Beaucoup de rencontres ont été organisées autour des stratégies futures de la lutte contre le racisme. Le rôle des politiciens, des partis politiques, des institutions, du système éducatif, des ONG et des média a été jugé important, et même fondamental dans la lutte contre toute forme de discrimination. « Dans la conception des stratégies pour combattre le racisme, il faut se mesurer contre un ennemi particulier : la négation. Dans la plupart des pays, la négation au niveau de l'histoire, des faits et des responsabilités est un obstacle à la lutte contre le racisme. L'Europe de l'Ouest, par exemple, niait l'existence des problèmes de discrimination raciale dans son territoire. Je me rappelle les mots du ministre de l'Intérieur de mon pays, à l'époque de la signature de la Convention, à la fin des années soixante : il soutenait que la Hollande n'avait pas de problème de racisme, et donc que la Convention n'était pas nécessaire : on ne signait que pour le principe. L'Europe de l'Est aussi soutenait un syllogisme erroné : puisque le racisme était incompatible avec le socialisme, le premier n'existait pas ! Mais aucun pays n'est libre du racisme. C'est à partir de cette prise de conscience qu'un Etat commence à admettre ses responsabilités civiles et pénales, et à prévoir des réparations. Il faut donc combattre la NEGATION par la PRISE de CONSCIENCE ». (Theo van Boven. Durban, WCAR 2001).

Mais où était le millier de journalistes ? Les peuples autochtones ont eu la chance d'être mentionnés. Est-ce grâce à la présence de Rigoberta Menchu , prix Nobel de la paix, à Durban pour parler de peuples qui n'ont pas droit de peuples. En effet les media étaient bien là, mais ils n'ont vu et entendu que ce qu'ils voulaient voir et entendre !

Malgré tout cela, je suis convaincue que cette conférence a été une réussite. Pourquoi ?

•  D'abord parce que deux ans de débats sur le racisme et la discrimination raciale ont précéde la Conférence et ont fait prendre une conscience nouvelle des problèmes liés au racisme.

•  Ensuite, parce que plus de 6000 délégués des ONG provenant de toutes les parties du monde se sont rencontrés à Durban pour discuter, comparer leurs expériences de travail sur le terrain et dénoncer les traitements infligés aux immigrés, aux réfugiés et à toutes les victimes du racisme ou de la discrimination raciale.

•  C'était une réussite aussi parce que de ces échanges, tout le monde est sorti enrichi, et a pris un nouvel élan dans la lutte contre le racisme.

•  Et enfin, c'était une réussite parce que une grande mobilisation antiraciste globale vient de se créer. Les jeunes par exemple ont créé un comité international des jeunes composé de douze membres dont trois par région (Amérique, Afrique, Europe et Asie). Une première réunion a eu lieu au mois de novembre en Roumanie.

Cette conférence a servi à monter une coalition internationale qui

continue de travailler.

Durban était une rencontre mondiale assez rare pour que le bénéfice de tels contacts ne soit pas perdu. Mais il faudra chercher côté coulisses plutôt que côté scène pour trouver les résultats les plus intéréssants de cette rencontre.

Conclusion

On ne pouvait pas attendre de cette Conférence une solution miraculeuse des problèmes séculaires liés au racisme et à la discrimination raciale. On ne pouvait pas non plus attendre qu'elle élimine, en une semaine ou deux, le racisme dans le monde, mais l'importance de cette rencontre internationale réside dans le fait d'avoir donné la voix à toutes les victimes du racisme , même si la presse les a ignorées, et d'avoir jeté les bases d'un travail futur . Ce travail qui implique une nouvelle collaboration entre les organes internationaux de défense des droits humains et les ONG du monde entier a déjà commencé.

Tant que le racisme sera présent dans les pays du globe, on aura encore besoin d'autres conférences internationales et nationales nous permettant de lutter contre le racisme, la Conférence de Durban doit être considérée comme une étape très importante dans cette lutte et tous ceux qui disent que cette Conférence a été un échec ne font que minimiser l'importance de cette lutte.

 
     
 

Activités parallèles 04/09/2001

« La route de l'esclave : esclavage et racisme » - Panel de l'UNESCO

Notes prises sur place - Modérateur UNESCO (Sénégal) 

de Francesca Rosati Freeman

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Le programme international lancé par l'UNESCO en 1994, appelé « La route de l'esclave », a deux objectifs principaux :

1) La reconstruction historique objective de la traite des esclaves (raisons et modalités).

2) La description des conséquences.

Du point de vue géographique, la traite s'est étendue à travers le désert du Sahara, l'Océan Indien et l'Océan Atlantique. Souvent, on ne parle que de la traite atlantique à cause de sa durée, de ses dimensions et des pratiques cruelles qui l'ont distinguée.

Les commissions présentes à la Rencontre de Lisbonne ont surtout porté leur attention sur les idéologies et les mesures légales légitimant la traite atlantique et la discrimination raciale.

On reconnaît l'esclavage comme un phénomène universel. C'est un mode de vie que presque tous les peuples ont connu. Mais la longue durée de la traite atlantique (4 siècles) et le facteur racial (invention de théories contre les noirs, justification de la supériorité des blancs) lui donnent un caractère particulier.

Prof. Gizerbo (Burkina Faso)

Je voudrais d'abord souligner le lien entre esclavage et racisme, et affirmer que c'est parce que nous sommes exploités et dominés que nous sommes « noirs ». C'est la domination qui entraîne les préjugés et le racisme.

Au début de la colonisation, les navigateurs portugais rencontrent des sociétés très bien organisées et avancées, comme par exemple la société congolaise au XVIème siècle. C'est dans ce contexte que les colonisateurs introduisent un esclavage de type industriel, soutenu idéologiquement par les théories de certains intellectuels et philosophes de l'époque. Il suffit de citer Voltaire, qui arrive à soutenir, à propos de la pratique esclavagiste traditionnelle des noirs, qu'un peuple qui négocie ses enfants est pire que l'acheteur.

Hélas, les tentatives de diversion demeurent. L'argumentation typique est essentiellement double : l'esclavage existait partout; et les noirs, finalement, y ont contribué, voire collaboré.

Alors que l'esclavage traditionnel faisait partie des équilibres internes de la structure sociale africaine et permettait l'accumulation, la traite coloniale s'installe comme un cancer qui mine à la base les possibilités de développement de la civilisation africaine, et notamment de son économie. En outre, la magnitude de la traite (40 à 100 millions d'esclaves) et son abstraction suprême, c'est-à-dire la réification des noirs, en font un phénomène anti-humain de caractère plus général.

On se pose la question : que faire ? Le crime contre l'humanité a été identifié, et il est imprescriptible. Sa reconnaissance est un premier pas vers une réparation accompagnée de programmes adéquats. Renoncer aux réparations serait justifier la traite. Il faut donner une nouvelle chance aux peuples victimes grâce à des travaux d'infrastructure (éducation, santé, lutte anti-SIDA) et au règlement de la dette. Les pays responsables qui refusent de demander pardon devraient suivre l'exemple du Pape, qui l'a déjà fait.

M. Sirtou (Représentant de la SAHRC)

Je partirai des concepts de science et de culture, et de leurs rapports avec le racisme.

1) On appelle science un ensemble organisé de connaissances qui vise à découvrir des connaissances nouvelles. Or, la science a été utilisée pour fonder la discrimination, a justifié l'esclavage et a rendu possible sa perpétuation.

2) La culture est un ensemble de règles et de coutumes visant à faire de l'individu un être social. Le monde actuel étant divisé en «deux nations », comment peut-on résoudre cette dichotomie?

Sur la base des évidences historiques, on peut affirmer que nul patron ne libérera ceux qu'il exploite. Ceux qui font partie du groupe exploité doivent donc se mobiliser. Les Africains habitant l'Afrique doivent prendre l'initiative et demander des réparations, car ils ont les moyens intellectuels de le faire.

Il existe un système de pensée qui préserve en soi la culture de libération des ancêtres, et il y a dans le monde des institutions où est étudié ce système conçu par les Africains. Les Africains font partie des organisations internationales qui se sont dotées des moyens nécessaires pour faire de cette pensée un instrument utile pour leurs revendications. Il faut sauvegarder la culture africaine, que la colonisation a failli faire disparaître. On devrait utiliser aujourd'hui les « structures » que les ancêtres ont créées. Les Africains ont le droit de mettre en place les paradigmes voulus pour établir un nouvel "agenda", dont la qualité de la vie sera le premier point. L'Occident a manqué cette occasion.

Mais nous avons aujourd'hui les moyens et l'expérience voulus pour organiser un mouvement démocratique et mondial de masse.

4ème orateur

L'Afrique pré-coloniale connaissait la discrimination de caste et l'esclavage domestique. Les noirs étaient vendus par les arabes en Afrique du Nord et en Asie. La traite négrière, cependant, a changé l'échelle et le sens du trafic des êtres humains : sa durée, sa violence, et la négation systématique de la dignité et de l'histoire des Africains ont créé une image négative du noir placé sous le pouvoir économique, politique et social du système colonial.

Le côté moral de la conquête visait à changer l'univers idéal du noir, son imaginaire et ses croyances, pour qu'il devienne réceptif au message colonial.

En même temps, toute une littérature ne manquait pas de faire des différences entre noirs et blancs, en définissant les noirs comme paresseux, légers, inconstants, lunatiques, naïfs, tentés par les plaisirs, etc.

Des philosophes célèbres, tels que Montesquieu, Voltaire et Diderot, contribuèrent à fonder théoriquement ce mépris racial, culturel et politique, sur lequel reposait le système d'oppression.

L'esclavage a créé une image qui a isolé l'homme noir et qui a, dans un cercle vicieux, justifié l'esclavage. Les systèmes ultérieurs tels que l'apartheid se sont fondés sur l'image des indigènes dessinée aux XVIIème et XVIIIème siècle. Depuis ce moment, l'Afrique s'est trouvée condamnée à une régression irréversible.

5ème orateur (Guadeloupe)

L'esclavage est un crime contre l'humanité et, comme tel, doit être réparé sur le plan international. La traite des esclaves et le commerce triangulaire ont donné à l'esclavage un nouveau visage par rapport à l'esclavage traditionnel, qui était très souvent lié aux guerres et à la soumission des vaincus.

Aujourd'hui encore, les suites logiques de ce système raciste d'exploitation du noir sont sous nos yeux, qu'il s'agisse de l'utilisation de la sémantique ou des taux de chômage qui frappent les noirs. Il existe un ensemble de textes légaux qui condamnent le génocide et les crimes de guerre, l'extermination et le déplacement des personnes. Si on admet que l'esclavage est un crime contre l'humanité, il faut agir en conséquence. La France, par exemple, même si Chirac parle de crime contre l'homme, a promulgué une loi reconnaissant la traite atlantique en tant que crime contre l'humanité. Cependant, les consciences nationales ne sont pas la même chose qu'une conscience internationale, et on risque d'avoir des lois différentes. Il faut admettre que la question des réparations doit être traitée à fond au niveau international, car il y a eu un long processus de sous-développement et de dégradation morale qui a de la peine à cicatriser.

La reconnaissance des responsabilités sur le plan politique, les excuses symboliques et les regrets doivent entraîner les réparations. Sinon, il n'y aura jamais rupture et réconciliation avec le passé colonial.

Les réparations doivent être faites sur quatre plans :

Sur le plan éthique (demandes d'excuses) ;

Sur le plan scientifique (consultation des archives, collecte et étude des données).

Sur le plan historique (présence de la traite dans les livres d'histoire).

Sur le plan économique (quantification des dégâts et aide au développement).

Mais qui et comment indemniser ?

Et qui paiera ?

L'esclavage ayant été le fait de sociétés entières, ce sont les puissances coloniales qui doivent payer.

Nous ne demandons pas une facture, mais la collaboration des experts, des Etats et des institutions économiques. La simple réparation matérielle doit être suivie par des programmes généraux de développement. Si on refuse de se mettre en cause, c'est évidemment qu'on a l'intention de nous exploiter encore.

 
     
 

RAPPORT

FORUM DES ONG

Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance qui y est associée, Durban, Afrique du Sud,

28 août-1er septembre 2001.

de Francesca Rosati Freeman et Sandra Cavaliere

^Torna su^

Durée  : 28 août - 1 er septembre

Lieu  : Kingsmead Cricket Stadium

Côté ouest: séance d'ouverture et de clôture, grandes tentes A et B

(plénières, grandes réunions), petites tentes (caucus), tentes

régionales (Europe, Asie, Amérique, Afrique), tente des jeunes,

tente media. Côté est : stands d'exposition.

Workshops  : City Hall, Musée Kwa Muhle, ML Sultan Technikon, UNISA,

Central Church, Albany Hotel, Coastlands, Blue Waters

Hotel, Hoy Club, Sea Board Lodge, The Old Courthouse, Moth,

Jewish Club.

Concerts : Bat Center

Services  : Media center, cybercafé, buvettes, transports officiels, art and crafts.

ORGANISATION

Stands d'exposition  : 3 grandes tentes, 100 stands par tente, une ONG pour chaque stand.

Programmes culturels  : Spectacles de plein air au stade.

Les grands thèmes de la conférence qui avaient été adoptés dans les Prep-Com, à Genève :

1) Sources, causes, formes et manifestations contemporaines du racisme ;

2) Victimes du racisme, discrimination raciale, xénophobie et intolérance ;

3) Mesures de prévention, d'éducation et de protection pour l'élimination du racisme aux niveaux national, régional et international ;

4) Remèdes et réparations, mesures [compensatoires] et autres aux niveaux national, régional et international ;

5) Stratégies pour arriver à une égalité effective, incluant la coopération internationale des Nations Unies et d'autres mécanismes internationaux dans la lutte contre le racisme.

Ces grands thèmes étaient discutés sous les tentes Main Hall A et Main Hall B, à raison de un par jour dans les deux salles, avec deux groupes d'orateurs différents et en même temps.

Les tables rondes sur des thèmes plus particuliers, comme

1) Esclavage

2) Colonialisme

3) Problème des Palestiniens

4) Intolérance religieuse

5) Peuples autochtones

6) Emigrés

7) Réfugiés

8) Personnes déplacées

9) Requérants d'asile

10) Santé et SIDA

11) Racisme environnemental

12) Enfants et jeunes

13) Crimes de haine raciale

14) Orientation sexuelle

se tenaient dans des tentes plus petites ( Room 1, 2, etc.). Toutes les tables rondes ont commencé le 28 août par les exposés des rapporteurs spéciaux.

Du 29 jusqu'au 30 août, des commissions thématiques se sont réunies tous les jours de 14 à 17heures.

Les commissions thématiques ont discuté les thèmes suivants :

1) Africains et descendants d'Africains

2) Antisémitisme

3) Discrimination contre Dalits (intouchables) et autres castes

4) Peuples autochtones

5) Sexe

6) Palestiniens (nouvelles formes d'apartheid)

7) Roms et gens du voyage

8) Personnes déplacées

9) Emigrés

10) Réfugiés et requérants d'asile

11) Education

12) Information, communication et médias

13) Esclavage

14) Minorités ethniques

15) Asiatiques et descendants d'Asiatiques

Il fallait s'inscrire dès le premier jour à un de ces groupes, qui se réunissaient tous les jours pour travailler à la rédaction du texte final de la déclaration des ONG.

Le 31 août, une nouvelle série de tables rondes a été organisée autour des thèmes suivants :

1) Mondialisation, pauvreté et exclusion sociale

2) Réparations

3) Sexe, race et classe

4) Africains et descendants d'Africains

5) Minorités ethniques et peuples indigènes

6) Education

7) Personnes handicapées

8) Information, communication et médias

9) Nettoyage ethnique, conflit et génocide

10) Administration de la justice et justice pénale

Ces thèmes ont été présentés par des rapporteurs (voir Annexe 1).

PARTICIPATION DE L'ARIS

27 août  : enregistrement au bureau des accréditations pour retirer les badges, enregistrement pour workshop, enregistrement pour stand d'exposition, attribution de la place, exploration des lieux. Rencontre avec Bert et Judith (HURIDOCS), et accords pour le lendemain.

28 août  : cérémonie d'ouverture, discours de M. Thabo Mbeki, Président de l'Afrique du Sud (voir annexe 3). Préparation du stand, création de l'affiche pour faire connaître notre workshop, photocopies de l'affiche et publicité (affichage de 100 copies et distribution manuelle), participation au workshop de l'HURIDOCS (Voir annexe 1, page 39), exploration du lieu de notre workshop à quelques kilomètres du Forum, contact avec le directeur du Technikon, qui nous a fait visiter l'école et deux ONG locales y situées.

29 août  : publicité du workshop (distribution manuelle des affiches), notre workshop (présentation du Thésaurus et démonstration de la base de données) au ML Sultan Technikon (voir annexe 1, page 34).

Participation au Forum-Symposium de la Conférence: " Strengthening International and Intra-National Efforts to Eliminate Racial Discrimination through the Development of Uniform Measures of the Race and Poverty Intersect", organisé par l'Institute on Race and Poverty au City Hall, avec la participation annoncée de Gay McDougall, remplacée à la dernière minute par Veena Vasista, à qui nous avons donné 2 plaquettes (voir annexe 2). Retour au stand d'exposition.

30 août  : stand d'exposition (présentation et démonstration), participation au Panel A sur les peuples indigènes, avec Rigoberta Menchu, et au Panel B sur le thème des mesures de prévention de la discrimination raciale, avec Angela Davis (voir Annexe 1, page 21).

Distribution de la plaquette « Article 14 » aux principales ONG et contacts avec les ONG qui avaient un stand.

31 août  : stand d'exposition (présentation et démonstration), contacts avec les ONG qui avaient un stand, collecte de documents ayant un intérêt pour l'ARIS. Visite du Kwa Muhle Museum sur l'Apartheid.

1 er septembre  : démontage du stand d'exposition, participation à la marche mondiale contre le racisme organisée par l'African National Congress (ANC), cérémonie de clôture avec Fidel Castro, invité d'honneur des organisateurs du Forum.

Déclaration et Plan d'action du Forum des jeunes. Durban, Afrique du Sud, 26-27 août 2001 (voir Annexe 5).

CONFÉRENCE MONDIALE CONTRE LE RACISME, LA DISCRIMINATION RACIALE, LA XÉNOPHOBIE

ET L'INTOLÉRANCE QUI Y EST ASSOCIÉE

Durban, Afrique du Sud, 31 août-7 Septembre 2001.

Durée : 31 août-7 septembre

Lieu : International Convention Center (ICC) : plénières, groupes de travail sur la Déclaration et le Plan d'action, réunions de bureau. Durban Exibition

Center (DEC) : briefings des ONG, séminaires, panels et tables rondes.

Services : Media Center, buvettes, transport officiels, cybercafé pour délégués et "work station" avec 10 ordinateurs pour les ONG, banque, poste, agence de voyage.

ORGANISATION

Stands d'exposition : OIT, HCDH, UNESCO, PNUD, SAHRC, HRC, OIM, CADH (Commission africaine des droits de l'homme). La seule ONG autorisée à tenir un stand était le Human Rights Documentation Center (USA), qui publiait un quotidien sur la Conférence, « Human Rights Features », distribué gratuitement aux participants.

Les grands thèmes étaient les mêmes que ceux du Forum, et ils étaient discutés dans la salle des séances plénières. Chaque jour, une vingtaine de délégués des gouvernements exprimaient la position officielle de leur pays, suivis par d'autres organisations et organes de défense des droits de l'homme.

Les délégués se réunissaient tous les jours dans une salle pour rédiger le texte de la Déclaration, et dans une autre salle pour le Programme d'action. Dans ces deux salles, quelques places seulement étaient réservées aux ONG, et l'accès en était difficile à cause des longues attentes. En effet, tout le monde voulait entrer, car c'est là que les négociations les plus importantes avaient lieu.

Les réunions de bureau se faisaient à portes fermées (voir Annexe A).

Les tables rondes , les panels et les séminaires se déroulaient au DEC (voir Annexe B).

Les «  voix des victimes » , rencontres-témoignages organisés par l'International Human Rights Law Group (IHRLG) et la South African Human Rights Commission (SAHRC), se passaient tous les jours à l'International Convention Center (ICC).

Briefings des ONG tous les jours, de 8 heures à 9 heures.

PARTICIPATION DE L'ARIS

31 août et 1er septembre  : nous étions occupées au Forum, mais nous avons dû nous rendre au bureau des accréditations pour retirer nos badges. Les 4 à 5 heures d'attente nous ont fait prendre la décision d'y revenir à 7h30 du matin, et nous avons dû attendre seulement 40 minutes.

2 septembre  : jour de repos. Visite de la maison de Gandhi.

3 septembre  : queue pour les laissez-passer journaliers, briefing, séance plénière, participation au panel « Futur refusé ? Les droits des enfants roms, tsiganes et gens du voyage à l'éducation » organisé par Save the Children, participation à la table ronde « Peuples autochtones et conflits : approches et stratégies de construction de la paix » organisée par le PNUD, participation au panel du HCDH « Eléments d'une alliance globale contre le racisme, la discrimination raciale , la xénophobie et l'intolérance qui y est associée : le rôle et les responsabilités des organes de suivi, des instruments internationaux sur les droits de l'homme, des institutions nationales pour les droits de l'homme et autres institutions". Après ce panel, le secrétaire du CERD, M. Mac Darrow, nous a contactées pour que nous fassions en guise d'intervention un article qui serait publié dans un rapport sur les interventions des panélistes et des ONG présents au meeting (voir annexe C).

4 septembre  : queue pour les laissez-passer journaliers, briefing, visite du Centre d'accueil des enfants de la rue, séance plénière et participation au panel de l'UNESCO « La route de l'esclave : esclavage et racisme » (voir Annexe D) suivi de la fuite des délégués américains devant une camera et les ONG.

5 septembre  : queue pour les laissez-passer journaliers, briefing, séance plénière avec présentation officielle de la Déclaration des ONG, distribution de la plaquette « Article 14 » aux délégués, participation au panel « Genre, race et ethnicité : les femmes au croisement de la paix, de la justice et des droits de l'homme » organisé par l'UNIFEM.

6 septembre  : queue pour les laissez-passer journaliers, briefing, participation au séminaire « La théorie de l'infériorité : une rencontre de Juifs, Roms et Sinti, Africains et peuples indigènes » organisé par le COBASE, participation au panel « Stratégie de lutte contre le racisme : le cas de l'Afrique du Sud » organisé par la SAHRC avec Theo van Boven comme orateur (voir Annexe F).

7 septembre  : queue pour les laissez-passer journaliers, briefing avec Mary Robinson (voir plus loin Déclaration du Forum), séance plénière pour la présentation de la Déclaration intergouvernementale, qui n'a pas lieu en raison de la poursuite des négociations tard dans la nuit.

DESCRIPTIONS - OBSERVATIONS - REFLEXIONS -ANALYSE ET CONCLUSION

L'après-midi du 26 août, dans l'avion pour Durban, une magnifique lumière dorée nous a fait prendre conscience que nous étions en Afrique. On survolait le désert. Le voyage a duré en tout 17 heures. Nous avons passé le temps à bavarder, à regarder les films et à dormir, mais aussi à revoir nos papiers et les notes sur la présentation de notre workshop. Nous y avions travaillé tout le mois d'août, mais au dernier moment on avait l'impression d'avoir peut-être oublié quelque chose. A Johannesbourg, une tempête a retardé l'atterrissage d'une heure et demie. Panique ! Aurions-nous notre correspondance pour Durban ? L'attente pour le contrôle des passeports était interminable. Nous nous sommes fait accepter dans une file spéciale pour les familles avec enfants. Un représentant d'une ONG australienne nous a suivies. Nous avons cherché nos quatre valises (deux d'entre elles étaient très lourdes, car elles contenaient les plaquettes sur l'article 14) et nous avons couru à perdre haleine jusqu'à la porte d'embarquement. Comme nos cartes d'embarquement pour ce vol portaient les numéros 2 et 3, nous avons pensé qu'à cause du retard nous avions perdu notre correspondance, et qu' on nous avait assigné des places en première classe dans un avion où la deuxième classe était complète. Nous avons éclaté de rire quand nous avons aperçu un tout petit avion d'une dizaine de places au maximum. Une fois l'avion décollé, nous n'avions plus envie de rire, car l'orage ne s'était pas tout à fait calmé.

A l'aéroport de Durban, le propriétaire de l'hôtel nous attendait avec une pancarte portant nos noms. L'hôtel était à quinze minutes de l'aéroport, la chambre était trop petite, deux fenêtres donnaient sur un passage étroit et, de l'autre côté du passage, sur un mur noir qui s'élevait devant nos yeux étonnés dans l'obscurité de la nuit.

Nous avons bien dormi. Le lendemain matin la directrice de l'hôtel nous a accompagnées au stadium, où c'était le dernier jour du Forum des Jeunes. Nous devions absolument nous procurer les badges pour le Forum des ONG. Etonnement devant la longueur de la file d'attente.

Les questions administratives ont absorbé entièrement notre premier jour au Forum. Tout de suite, nous nous sommes aperçues que tout était très chaotique. Toutes les démarches faites à Genève pour recevoir nos badges se sont avérées presque inutiles : il a fallu trois heures d'attente dans deux files différentes et l'intervention du superviseur pour retrouver nos coordonnées dans l'ordinateur. L'enregistrement pour le workshop a été plus rapide, mais nous avons eu la surprise d'apprendre que la date prévue avait été déplacée d'un jour, le 29 août au lieu du 28, ce qui nous a donné un peu plus de temps pour nous préparer et pour chercher l'endroit, à quelques kilomètres du Stadium, mais il a fallu nous réorganiser et prendre des accords avec l'HURIDOCS. L'enregistrement pour le stand d'exposition n'a été possible qu'avec l'arrivée de Bert Verstappen, l'ARIS ayant décidé de partager le stand avec l'HURIDOCS.

La cérémonie d'ouverture du Forum , le 28, a été magnifique : il était dix heures du matin, la foule se pressait dans le stade, les reporters étaient à l'affût, des militaires étaient disséminés dans le public. Un groupe de musiciens s'est installé sur la scène, et les chants et les danses des guerriers zoulous nous ont fait vibrer par leur énergie et leur beauté. C'était la première rencontre antiraciste internationale du 21ème siècle. Tout le monde semblait fraterniser. Mary Robinson regrettait que son texte n'existe qu'en anglais. « Je vais faire en sorte qu"il soit traduit en français et en espagnol ». Un participant, à voix basse : « Toutes les langues des colonisateurs ».

Nelson Mandela était physiquement absent, mais je crois que beaucoup d'entre nous pensaient à lui.

Les orateurs (Mme Robinson, M. Thabo Mbeki et d'autres) ont rappelé les tensions qui pesaient sur la Conférence : les questions du Moyen Orient, de l'esclavage et du colonialisme ont été évoquées, ainsi que l'absence de Colin Powell.

La préparation du stand a été assez facile. Pour habiller ses panneaux trop gris, nous sommes allées à la recherche d'un beau tissu africain, que nous avons trouvé chez une marchande du Mali, et qui plus tard nous a causé des problèmes. Après nous être procuré de la ficelle et avoir suspendu le tissu, notre stand est devenu plus attrayant (une personne nous a même demandé par la suite si nous vendions le tissu...). Nous y avons scotché les brochures de l'ARIS et posé sur la table tout notre matériel : les résumés de la Convention, les copies en anglais et en français du Thésaurus, quelques plaquettes sur l'article 14 de la Convention, et ce sont ces dernières qui ont surtout attiré l'attention des visiteurs. (Nous croyons que ce serait une bonne idée de faire un poster de la page de couverture avec le nom de l'ARIS un peu plus en relief). Remarquable était l'attraction exercée par le projecteur de l'HURIDOCS, toujours en marche, sur les visiteurs. Grâce à cela, nous avons pu faire des présentations-démonstrations de nos activités documentaires.

Après la cérémonie, tous nos efforts se sont concentrés sur le workshop. Nous avons refait notre invitation écrite, dont nous avons tiré une centaine de photocopies. Nous nous sommes ensuite rendues au workshop de l'HURIDOCS, afin notamment d'explorer les lieux qui devaient accueillir notre workschop le lendemain. Nous avions pris pour cela un taxi qui, au lieu de nous conduire à l'endroit du workshop, M.L. Sultan Teknicon, nous a amenées à un grand centre commercial appelé « The Workshop ». Difficile de faire comprendre au chauffeur que nous ne voulions pas faire des achats. Finalement, nous sommes arrivées au Teknicon, où nous avons été prises en otage par le directeur, qui voulait absolument nous faire visiter son école et était tout fier de nous montrer les deux ONG locales qui y étaient situées. Nous avons constaté avec étonnement que deux personnes seulement étaient présentes au workshop de l'HURIDOCS, et nous nous sommes dit que la même chose allait se passer pour le nôtre.

Malgré l'affichage dans les endroits les plus stratégiques et la distribution manuelle de notre invitation, une seule personne s'est présentée à notre présentation-démonstration (voir annexe 7). Le manque de participation était-il dû à la distance des lieux où les workshops se déroulaient, ou bien fallait-il attribuer cela au fait que beaucoup de workshops se superposaient ? On a compté en un seul jour plus de 70 workshops, tous aussi intéressants que les autres, mais difficiles à atteindre par les transports officiels et trop nombreux pour bénéficier d'une large participation. En outre, les workshops qui se déroulaient entre 13 et 15h, comme le nôtre, souffraient du fait que ces heures-là coïncidaient avec l'heure du déjeuner. Vers la fin, beaucoup de workshops ont été annulés faute de participation.

Pour en revenir à notre workshop, la seule personne qui est venue participer était une afro-américaine. Un turban lui couvrait les cheveux, et son sac à dos débordait de petits drapeaux qui exaltaient la lutte contre le racisme. Elle était si enthousiaste et si intéressée qu'elle nous a donné le courage de continuer. La présentation de l'ARIS, du Thésaurus, et la démonstration de notre base de données ont donc eu lieu comme prévu, sauf que le changement de date nous a permis d'utiliser l'équipement de Bert, qui nous a aidées pour l'installation du projecteur et sa connexion à notre ordinateur. Les diapos se sont révélées inutiles, d'autant plus qu'il n'y avait pas de projecteur dans la salle. En outre, comme notre auditrice était anglophone, nous avons utilisé les fiches en anglais que l'HURIDOCS avait préparées et que Bert a commentées, apportant ainsi sa contribution à notre workshop. Nous avons passé presque deux heures avec cette personne fort sympathique, et, quand nous avons quitté les lieux, tout le monde était de très bonne humeur.

La déception de ne pas avoir eu une plus large participation nous a fait adopter une nouvelle tactique, qui à la fin s'est révélée très efficace: nous avons continué à faire d'autres présentations-démonstrations au stand d'exposition. La plupart de nos auditeurs étaient des représentants d'ONG ayant déjà un centre de documentation, comme Marcel Kluger, de l'LBD (ancien ARIC).

Pour retourner au stand, nous avons pris un de ces minibus que tout le monde déconseillait parce qu'ils roulaient trop vite et allaient où ils voulaient, et que parfois on y agressait les passagers. Comme nous étions quatre, nous avons considéré que le risque était minime. Après avoir négocié le prix, nous nous sommes entendus sur la somme de 27 rands, qui était le prix normal pour un taxi officiel. Au moment de payer, nous avons laissé 3 rands de pourboire, faisant ainsi le bonheur du chauffeur. Nous avons appris par la suite que le prix d'une course dans un taxi non officiel était d'un rand par personne. Ces minibus ne peuvent pas desservir les zones qui ne leur sont pas attribuées par la mafia locale , et celle-ci est prête à déclencher une vraie guerre en cas de transgression.

Un soir, pour rentrer à l'hôtel, nous avons un peu hésité à monter dans un taxi très ancien et sans taximètre. Comme le chauffeur insistait beaucoup et qu'il avait l'air inoffensif, nous avons accepté d'y monter, après avoir négocié le prix. Quand nous nous sommes installées, la voiture n'arrivait pas à démarrer. Nous avons bien ri. Ce qui n'était pas du tout amusant, c'étaient les morts renversés par les voitures : les gens provenant de la campagne, ignorant qu'il ne faut pas traverser quand le feu tourne au rouge, meurent écrasés. Des pancartes à ce sujet sont affichées à chaque coin de rue dans le centre-ville. Espérons que ces gens savent lire...

Les manifestations et les sit-in organisés par les ONG qui s'occupent des problèmes des castes et des Palestiniens, et qui attiraient l'attention sur ces problèmes à l'aide de mégaphones ou de tambours et en distribuant des tracts et des tee-shirts, avaient lieu tous les jours à l'intérieur du Stade. Trois manifestations ont eu lieu hors du Stade, les 30 et 31 août et le 1 er septembre, avec la participation d'organisations locales et d'ONG internationales. C'étaient des marches pacifiques contre la globalisation, les privatisations, le racisme et toutes les formes de discrimination.

L'ARIS nous avait conseillé avant notre départ de ne pas participer aux manifestations, la police sud-africaine étant connue pour sa violence. Après avoir constaté que les deux premières marches s'étaient déroulées dans le calme, nous avons décidé de participer à la troisième, qui était organisée par l'African National Congress (ANC) sur le thème de l'anti-globalisation. Hommes, femmes, vieilles personnes et enfants y ont pris part. C'était une marche à un pas de danse, au son des tambours africains, interrompue seulement par des slogans lancés au mégaphone par les organisateurs. C'était une marche joyeuse et pacifique, où la police est restée à l'écart des manifestants et sans chercher de provocation.

Terminé le workshop, notre temps était partagé entre le stand d'exposition et les autres activités du Forum.

Des centaines de contacts ont été pris en faisant le tour des stands et en échangeant nos informations orales ou écrites avec les représentants des ONG qui exposaient et participaient au Forum. Nous avons collecté des cartes de visite, brochures, dépliants, documents et livres d'un certain intérêt pour notre organisation. Toutes ces activités importantes pour l'ARIS ont limité notre participation aux commissions thématiques et aux caucus. Notre but principal était de renforcer l'image de l'ARIS et de promouvoir le Thésaurus, ce qui nous a employées à plein temps et a fait passer au deuxième plan le débat sur les thèmes principaux du Forum. Un autre facteur qui limitait notre participation aux activités du Forum était le fait que la plupart de ces activités se déroulaient dans le côté du Stadium opposé aux stands.

Malgré cela, nous n'avons pas voulu manquer le panel avec Angela Davis, qui a axé son intervention sur le système pénitentiaire et l'industrie qui se développe autour de ce système. Elle a dénoncé les multinationales qui utilisent le travail forcé des prisonniers et a parlé d'une campagne sur cette réalité méconnue. Le message central de son discours était centré sur l'élimination de ce système, qui permet la peine de mort et qui est utilisé pour le contrôle des « coloured people ».

Pleine d'émotions fut la rencontre avec Angela Davis, qui a accepté de se laisser photographier avec nous.

Nous ne voulions pas manquer non plus le panel avec Rigoberta Menchu sur les peuples indigènes : « Avant, nous nous sommes battus pour la dénomination de peuples. Maintenant, nous nous battons pour que ces peuples aient des droits de peuple » a-t-elle affirmé avec vigueur.

Nous avons constaté que la plupart des workshops étaient presque vides, en particulier celui sur le « trafficking » qui réunissait 15 orateurs et deux auditeurs.

Nous avons aussi participé à un symposium animé par le professeur John Powell, qui a illustré les théories inventées pour soutenir la supériorité de la race blanche du point de vue biologique et culturel. Les panélistes ont repris les mêmes idées, en affirmant que le racisme persiste au sein de la société malgré son abolition légale. Veena a souligné à ce propos le lien entre la discrimination et la pauvreté, qui frappent certaines catégories de population par le biais du chômage, du manque de logements, de services sanitaires et de possibilités d'éducation. Les orateurs se sont ensuite confrontés sur des sujets tels que la recherche, la collecte et l'élaboration des données (voir Annexe 2).

Le 30 août, le Secrétaire Général de l'ONU, Kofi Annan , a souligné l'importance d' un travail commun entre les ONG et l'ONU dans la lutte contre le racisme et a suggéré la production d'un rapport annuel qui ne porterait pas seulement sur les raisons de la violence et de la discrimination, mais aussi sur les bonnes pratiques qu'on peut constater dans les différents pays. L'étape suivante serait d'introduire ces pratiques dans les régions où le racisme est toujours présent. Son message : « Restez engagés et continuez le combat ! ».

Au cours d'une réunion de la commission thématique « Jeunesse et enfants » , une femme sud-africaine blanche a posé la question : « Où sont mes enfants zoulous ? » C'était une travailleuse sociale qui s'occupe des enfants zoulous abandonnés qui traînent dans les rues de Durban. Il paraît que, quinze jours avant le début de la Conférence, la police avait « nettoyé » les rues de tous les enfants qui traînaient et les avait emmenés dans la campagne, à quelques kilomètres de la ville, ou en prison. Les enfants de la rue sont des orphelins dont les parents sont morts du SIDA ou qui s'échappent de chez eux parce qu'ils y sont maltraités. Des établissements fonctionnent à Durban comme centres d'accueil et d'éducation. Grâce à un jeune homme de nationalité suisse, Beat Stamm, que nous avons rencontré au Forum en train de vendre des tee-shirts pour financer un projet pour les enfants du centre d'accueil où il travaille depuis quelques mois comme bénévole envoyé par une ONG, nous avons pu visiter un établissement qui loge et nourrit 80 enfants abandonnés entre 8 et 14 ans, et s'occupe de leur éducation. Un très jeune enfant a pris la main de Sandra et nous a regardées avec des yeux avides d'affection. C'était comme s'il voulait qu'on le prenne avec nous. Déchirant !

L'assistante sociale a demandé ce que la Conférence allait faire pour ses enfants, et ce que la déclaration et le programme d'action allaient faire pour changer cette situation. Son interpellation nous a brutalement rappelé la réalité post-apartheid: sept ans après le début du passage à la démocratie, 30% des Sud-Africains en âge de travailler sont au chômage et sept millions de personnes vivent dans les bidonvilles ou sont des sans-abri.

Le dernier jour du Forum, le 2 septembre, nous avons démonté le stand et plié le beau tissu africain qui devait plus tard nous donner des problèmes.

Tout le monde savait que Fide l Castro devait arriver pour la cérémonie de clôture, dont il était l'invité d'honneur. Les gradins du Stadium ont commencé à se remplir d'une foule multicolore. Un jeune homme a distribué des petits drapeaux cubains. Fidel Castro était en retard. En attendant, la foule lançait des slogans : « People united will never be defeated », « Free, free, free Palestine », « Sharon assassin », « Cuba si, Yankee no », et agitait des drapeaux cubains. Après une demi-heure d'attente, une Mercedes blanche arrive près du podium. La foule se lève en hurlant, agite les drapeaux, mais doit constater aussitôt qu'il ne s'agit pas de Fidel Castro, mais d'une autre personnalité. Enfin, après une troisième voiture et une heure et demie d'attente, la foule se lève en le voyant physiquement descendre de voiture. Le Président de Cuba a parlé pendant 3 heures environ, en critiquant et en ridiculisant la globalisation, la politique impérialiste des Etats-Unis et la violation des droits de l'homme dans l'ensemble des pays, sauf à Cuba. Il a souligné l'importance du travail des Nations Unies, des mouvements de la société civile et de l'éducation des jeunes générations.

Avant de partir de Genève on nous avait prévenues au sujet de la violence à Durban, et nous avons été très prudentes (ou peut-être avons-nous eu de la chance). Pas mal de délégués ont été victimes de vols, neuf personnes de Migrant Workers International se sont fait attaquer au couteau devant leur hôtel, en plein jour, par une petite bande de voyous, un autre s'est fait mordre le bras, tous se sont fait voler de l'argent. Le sort le plus dramatique a touché un Italien d'origine marocaine d'une trentaine d'années, Souhir Moustapha, qui a été abordé en rentrant à l'hôtel « Killarney Hotel » par une prostituée qui avait débarqué dans cet hôtel quelques jours avant la Conférence: une dose de somnifère dans la bière lui a été fatale, et pendant ce temps la prostituée lui a volé toutes ses affaires après lui avoir pris la clé de sa chambre.

Nous n'étions pas très contentes de notre chambre d'hôtel (où le personnel était d'ailleurs très serviable). Mais la chose s'est aggravée un soir, quand, en rentrant à l'hôtel après la fatigue d'une journée mouvementée, nous avons découvert la présence autour du beau tissu africain de blattes de couleur rouge foncé et dotées d'énormes antennes.

A partir de ce soir-là, le jour nous luttions contre le racisme et le soir contre les cafards à coups de balai. Horrifiées et dégoûtées, nous avons insisté pour que le propriétaire nous change de chambre, et, pour finir, nous avons obtenu la plus belle chambre de l'hôtel, avec un lit à baldaquin et un canapé-lit. Cependant, les cafards nous ont poursuivies, sans doute à la recherche du beau tissu, que nous avons fini par mettre dehors.

*****

Nous avons commencé notre participation à la Conférence intergouvernementale avec un peu de retard, les deux derniers jours du Forum ayant coïncidé avec les deux premiers jours de la Conférence. Celle-ci s'est ouverte en présence de quelque 150 chefs d'Etat et ministres. Israël, le Canada et les Etats-Unis, sans boycotter totalement la Conférence, avaient décidé d'envoyer des délégations conduites par des fonctionnaires de rang intermédiaire, en déclarant refuser de cautionner la tonalité anti-Israël de la réunion. Après l'intervention de Yasser Arafat , qui a accusé Israël d'être un Etat raciste pratiquant la purification ethnique , Kofi Annan a déclaré que si, d'une part, les souffrances subies par les juifs pendant l'Holocauste expliquaient qu'ils soient sensibles aux accusations de racisme, d'autre part on ne pouvait pas attendre des Palestiniens qu'ils acceptent cela comme une raison d'ignorer les souffrances qui sont les leurs.

C'est avec déception que nous avons constaté qu'il fallait faire des queues interminables pour avoir les badges qui nous permettaient l'entrée à l'International Convention Center (ICC). La distribution des badges étant limitée, il fallait se rendre à l'endroit voulu très tôt le matin. L'organisation logistique de la Conférence était cependant meilleure que celle du Forum, parce que tout était regroupé dans le même endroit. Nous avons eu aussi la mauvaise surprise de constater qu'il y avait une cinquantaine d'ordinateurs à la disposition des médias et seulement une dizaine pour les ONG.

Notre participation à la Conférence était moins astreignante que dans le cas du Forum. Le fait de ne plus avoir à nous occuper d'un stand nous a permis de suivre plus largement les tables rondes, les panels et les séminaires. Vous trouverez en annexe les notes que nous avons prises. Nous avons accompli notre tâche de distribuer les plaquettes « Article 14 » aux délégués grâce à une ruse...

Les délégués se réunissaient dans de grandes salles où les ONG avaient un accès limité et n'avaient aucun contact avec eux. Dans la salle des plénières, un cordon séparait les ONG des délégations gouvernementales, et les contrôles étaient très stricts. Un écran placé dans le Durban Exhibition Center (DEC) permettait de suivre ce qui se passait dans ces salles, mais, pour comprendre, il fallait parler toutes les langues, puisqu'il n'y avait pas de traduction et que seuls les délégués dans les salles étaient munis d'écouteurs. Un matin, nous avons donc profité de l'absence des délégués dans la salle où ils discutaient les différents articles de la Déclaration pour nous y introduire discrètement et déposer nos plaquettes "Article 14" sur chaque emplacement destiné aux délégués de chaque Etat. Une surveillante nous a demandé si nous avions l'autorisation de distribuer ces textes, vu qu' aucune ONG ne pouvait faire de propagande. Nous avons répondu qu'il s'agissait d'une publication financée par le gouvernement suisse, ce qui nous a permis de continuer tranquillement notre distribution. Jusqu'à ce jour-là, nous avions craint de ne pas pouvoir accomplir cette tâche. Les jours précédents, nous avions distribué la plaquette aux membres du CERD que nous avions rencontrés et aux ONG les plus importantes.

Pendant la pause de midi, dans le jardin du DEC, un journaliste de la télévision irlandaise nous a approchés pour que nous donnions une interview sur notre organisation et notre point de vue européen sur la Conférence.

Nous avons assisté à la présentation officielle de la DECLARATION ET PLAN D'ACTION DES ONG (voir Annexe 4).

Le programme du Forum prévoyait la remise de la Déclaration et du Plan d'action des ONG à la Haute Commissaire aux droits de l'homme, le 1 er  septembre, pendant la cérémonie de clôture, mais cela n'a pas eu lieu à la date prévue, car les ONG travaillaient encore à ce texte. Cependant, la cérémonie de clôture a eu lieu avec, notamment, les discours de Fidel Castro et de Mary Robinson, mais la Déclaration n'a été votée qu'à 23h30.

En fait, ce soir-là, 39 personnes en tout ont voté pour la déclaration finale des ONG. Selon la procédure de vote, un seul représentant élu par les ONG participant à un caucus avait le droit de vote. D'autres ONG, participant à des caucus qui n'étaient pas inscrits dans la liste officielle, ont protesté pour avoir le droit de vote. Un caucus a été accepté, huit autres ont été ajoutés, et donc 48 personnes ont pu voter, mais par la suite les neuf dernières ont été exclues. La déclaration a été universellement et internationalement acceptée, mais l'Amnistie Internationale (AI) et le Human Rights Watch (HRW) ont fait des réserves sur la partie concernant les accusations contre Israël, qui contenaient un langage peu approprié et inflammatoire incitant au racisme.

Après la votation, le Steering Committee, chargé des relations entre la Conférence et les ONG, a décidé de continuer à travailler le texte suite à de nombreuses requêtes d'amendements provenant des ONG, et, pour finir, la Déclaration n'a été officiellement présentée que le 5 septembre aux délégués à l'ICC. Le jour avant, elle avait été remise à Mary Robinson, qui, dans une déclaration à la presse, a affirmé qu'elle ne pouvait pas recommander la déclaration des ONG aux délégués à cause du langage employé dans les accusations contre Israël.

Les ONG, déçues par cette critique, ont demandé à la Haute Commissaire une rencontre pour préciser sa position à ce propos. Cela s'est fait le 7 septembre, et Mary Robinson a déclaré de ne pas avoir rejeté le document dans sa totalité. Voici un extrait de son discours :  « J'ai déclaré aux médias que certains paragraphes de la Déclaration sont inutiles et pas appropriés, et mettent en danger le travail diplomatique que je suis en train de faire avancer. Je ne peux pas recommander cette déclaration aux délégués dans sa totalité, mais je leur ai suggéré de recueillir les bonnes recommandations qui y sont contenues. Pour ce qui concerne le conflit israélo-palestinien, je trouve que les mots "apartheid" et "crime contre l'humanité" sont offensants. En outre, les Nations Unies ont pris il y a quelques années des décisions sur l'équivalence entre sionisme et racisme, et les délégations gouvernementales ne veulent pas les remettre en question. Je reconnais la souffrance du peuple palestinien, cela n'est pas un secret, et vous pouvez le trouver dans mon dernier rapport annuel.

Je veux néanmoins souligner la richesse d'éléments positifs dans cette Déclaration, en particulier le préambule, que j'aimerais trouver aussi dans la Déclaration des délégués. Il y a un ample espace pour les victimes, ce qu'il n'y aura pas à l'ICC. Le paragraphe 61 montre un incroyable engagement dans cette Conférence, ce qui ne ressort pas de la conférence des délégués. Je peux dire la même chose pour ce qui concerne la justice pénale, les crimes de haine, les peuples indigènes et l'immigration. J'apprécie particulièrement votre soutien à l'ICERD et au CERD. Pour ce qui concerne la Déclaration des délégués gouvernementaux, le plus important est de parvenir à un accord entre les Etats en dépit des contenus.

Durban est le début d'un chemin long et engagé. Notre tâche est de mettre en pratique le Plan d'action des ONG, qui sera la base de notre travail futur. Votre mobilisation globale contre le racisme et toutes les formes de discrimination est la vraie force de cette Conférence et la base des activités de suivi. La création d'un réseau des jeunes et la collaboration entre les ONG et les organes officiels constituent, à mon avis, l'âme du travail des Nations Unies. J'entends donc créer une unité anti-discrimination au sein des Droits de l'homme et mettre en place un mécanisme de contrôle des progrès dans ce domaine. »

Les ONG présentes ont applaudi la Haute Commissaire, mais elles ont aussi approuvé la protestation des Palestiniens, qui ont rappelé que la Déclaration avait été acceptée à l'unanimité par le Forum des ONG et que donc elle restait la seule référence valable. La discussion a continué au sujet des projets après-Durban, et les ONG ont été invitées à suivre les travaux des Nations Unies en participant aux conférences à venir. La délégation des Etats-Unis et celle d'Israël ont quitté la conférence pour les mêmes raisons: selon Mme Robinson, la Déclaration contenait beaucoup de choses excellentes sur les questions comme l'esclavage, les droits des minorités, la discrimination sexuelle et la pauvreté, mais le problème était que, dans le document final, un seul Etat était l'objet d'un traitement particulier : l'Etat d'Israël.

Le 5 septembre, nous avons assisté au départ de la délégation américaine , qui devait auparavant rencontrer les ONG des Etats-Unis pour leur expliquer les raisons du départ. Le briefing devait avoir lieu à l'Université, à vingt minutes à pied de l'ICC. Il était 19heures et tout le monde venait de sortir des meetings. Quand la nouvelle a été diffusée, nous nous sommes précipitées pour ne pas manquer ce briefing. A la dernière minute, la délégation américaine s'est piteusement tirée d'affaire en s'éclipsant dans l'obscurité sans avoir accompli sa tâche, et en donnant l'excuse qu'il y avait trop de médias (alors qu'il n'y avait qu'une seule caméra).

Le révérend Jessie Jackson a averti que l'ardeur du débat sur le Moyen Orient menaçait d'éclipser la Conférence, qui entendait mettre en évidence la discrimination sous toutes ses formes - depuis le racisme dans le système de la justice pénale aux Etats Unis jusqu'à la situation déplorable des femmes en Afghanistan et à l'esclavage moderne au Soudan. Le révérend a dit que c'était une erreur de la part de l'administration Bush de n'avoir pas envoyé le général Powell à la Conférence. Selon lui, il n'était pas nécessaire de proposer dans la déclaration contre le racisme un langage qui semblait cibler Israël, en particulier du fait que le bilan des droits de l'homme dans tous les pays du monde entier était assez triste. La question du racisme était trop vaste pour la réduire à une controverse sur le Moyen Orient. On pouvait être contre la colonisation et contre les assassinats des leaders, et ne pas donner l'étiquette d'Etat raciste à Israël. Si on la lui donnait, il faudrait en distribuer beaucoup d'autres.

Nous nous demandons : pourquoi la même étiquette n'a-t-elle pas été donnée à la Turquie pour les Kurdes, à la Chine pour les Tibétains, à la Fédération Russe pour les Tchétchènes, au Sri-Lanka pour les Tamouls, à l'Inde pour les Dalits, ou à tous les pays qui mènent une politique raciste envers les immigrés, les réfugiés politiques et les requérants d'asile ? Parce que les Palestiniens étaient plus nombreux et criaient plus fort que les autres ?

Nous avons visité le musée de l'apartheid Kwa Mhule , ancien centre d'administration de la population autochtone pendant l'apartheid qui avait été détruit pendant les révoltes anti-apartheid et reconstruit par la suite. Nous y avons découvert, grâce aux photos et aux objets exposés, l'organisation du système ségrégationniste . Nous avons appris que le système de Durban était le modèle sur lequel l'apartheid s'est développé dans les autres villes de l'Afrique du Sud. Du fait du monopole de la production de la bière, détenu par la puissance coloniale, la population autochtone était privée d'un élément de base de sa culture alimentaire et d'un moyen de communication et d'échanges sociaux. Des milliers de noirs étaient employés pour la production de la bière, venus de la campagne et logés dans des « townships » à vingt kilomètres de la ville. Les foyers pour femmes étaient séparés des foyers pour hommes. Ces agglomérations de baraques, résultats de l'organisation du territoire selon la logique raciste et ségrégationniste, sont ainsi à la base des bidonvilles d'aujourd'hui. Nous avons constaté qu'en réalité la ségrégation existe encore sous d'autres formes. La plus grande partie de la population noire, hormis une petite tranche de nouveaux enrichis, continue à faire des travaux pénibles et mal payés et à vivre dans des bidonvilles. Nous n'avons pas vu un réel mélange des deux populations, et les noirs restent séparés des blancs dans la vie publique comme dans la vie privée. La ségrégation économique a pris la place de la ségrégation raciale, qui est légalement abolie mais de façon seulement formelle. Un exemple : la plage de la ville n'était fréquentée que par des noirs ou des touristes occasionnels, et la plage à quelques kilomètres de la ville n'était fréquentée que par des blancs. Les seuls noirs qui fréquentaient cette plage étaient les vendeurs ambulants. La fin de la violence de l'apartheid a déclenché la violence criminelle, de sorte que la plage où on pouvait se promener en toute tranquillité était constamment contrôlée par la police et par des dispositifs de sécurité (une caméra tous les trente mètres).

C'est dans le coeur d'un bidonville que se trouve la maison de Gandhi . Détruite pendant les violences de l'apartheid, en 1985, elle a été reconstruite intégralement par le Président Mbeki. C'est une construction très simple, placée en haut de la colline où le Mahatma pouvait méditer. A côté, une grande imprimerie, qui n'a pas subi les mêmes dégâts que la maison, garde de vieilles presses du début du siècle. Ces machines permettaient la diffusion des messages et des idées de Gandhi.

Conclusion

La Conférence a-t-elle été un échec  ? Selon la presse et les autres médias, oui. Pourquoi ? Est-ce vraiment parce que les Etats-Unis et Israël l'ont quittée ? Ou que les pays occidentaux n'ont pas accepté les réparations compensatoires envers les pays africains ?

N'est-ce pas plutôt un échec préparé, voulu et provoqué par la presse ? Pourquoi avoir focalisé l'attention sur ces deux sujets seulement et avoir négligé ou oublié les dizaines d'autres sujets, moins spectaculaires mais aussi importants ? (voir annexe E). Au lieu de spéculer sur des problèmes déjà bien connus, n'aurait-t-il pas fallu faire place à des thèmes moins connus ?

Les discriminations contre 12 millions de Kurdes, 250 millions de Dalits en Inde, 13 millions d'Oughours en Chine, ou encore les Bourakous au Japon, les Oromia en Ethiopie ou les Roms d'Amérique Latine (et la liste est beaucoup plus longue) ne sont pas suffisantes pour attirer l'attention des médias. Cela aurait pu être une occasion en or pour ces groupes d'alerter l'opinion publique mondiale sur leurs problèmes, mais ceux-ci ont été laissés à l'écart doublement: par les médias et par les gouvernements.

Et pourtant ils étaient là, au Forum des ONG, et ensuite devant les grilles de la conférence intergouvernementale, scandant des slogans, chantant, tenant des réunions et des sit-in sur les pelouses. Ils étaient venus pour témoigner, pour arracher pas à pas quelques lignes favorables à leur cause dans la Déclaration finale, une place sur la liste des victimes de la discrimination. Mais les médias n'ont vu et n'ont entendu que les Israéliens et les Palestiniens.

Beaucoup de rencontres ont été organisées autour des stratégies futures de lutte contre le racisme. Où étaient alors les mille journalistes ? Est-ce grâce seulement à la présence de Rigoberta Menchu, prix Nobel pour la paix, que les peuples indigènes ont été mentionnés dans la presse ? Le dur travail des commissions thématiques sur l'immigration et les réfugiés n'a pas bénéficié lui non plus de l'écho international qu'il aurait mérité. Les ONG, quant à elles, se sont fait les porte-parole des groupes sociaux les plus discriminés, comme les femmes, les enfants, les veuves, les handicapés, les gay et les lesbiennes (voir Annexe E).

Pour toutes les ONG présentes, le Forum a été un succès . Entre 6000 et 8000 personnes de toutes les parties du monde se sont rencontrées pour discuter et comparer leur expérience du travail sur le terrain. Les prises de contact ont créé ou renforcé les liens pour le travail futur. De ces échanges, tout le monde est sorti enrichi, et a reçu un nouvel élan dans la lutte contre le racisme. Il s'agit d'une rencontre mondiale assez rare pour que le bénéfice de tels contacts ne soit pas perdu. Mais il faudra chercher côté couloirs plutôt que côté scène pour trouver les résultats plus intéressants de cette rencontre.

Des milliers d'ONG ont discuté et trouvé un accord pour l'élaboration du texte final de la Déclaration. Malgré les distances prises par quelques ONG, le texte, accepté à l'unanimité et internationalement, sera la base de la lutte contre le racisme pendant les cinq années à venir.

Pour ce qui concerne la Conférence intergouvernementale, celle-ci n'a pas eu le succès espéré . Le retrait des Etats-Unis et d'Israël a montré, d'une part, la volonté de ne pas mettre en discussion une résolution des Nations Unies de 1975 posant l'équivalence entre sionisme et racisme, et d'autre part, que les Etats-Unis ne voulaient rendre compte à personne de leurs choix politiques. En outre, la pression de la communauté afro-américaine leur faisait craindre la présentation de toutes sortes de réparations.

A propos des réparations , les nombreux débats sur le sujet nous ont montré la légitimité de cette réclamation.

Plusieurs organisations internationales et africaines - UNESCO, Initiative de Gorée, Rencontre africaine de défense des droits de l'homme (RAHDDO), Organisation de l'unité africaine (OUA) - ont fait des exposés très complexes et très complets sur la traite des esclaves et les conséquences du colonialisme pour le continent africain.

La justification de la demande de réparations dans le contexte de la Conférence réside dans le fait que les racines du racisme idéologique et organisé remontent à la période de la conquête européenne. Certes, l'esclavage était une pratique déjà connue des Africains, mais ses dimensions étaient limitées, il faisait partie de l'équilibre économique de la société africaine, et il rendait possible l'accumulation interne. La traite atlantique a bouleversé ce système et s'est distinguée non seulement par sa brutalité, son ampleur et la quantité de vies humaines perdues, mais aussi par son organisation, par sa durée et par l'élaboration d'une théorie de la supériorité de l'homme blanc qui l'a légitimée, arrêtant jusqu'à présent le développement de la civilisation africaine, « 136 ans après son abolition, les séquelles de l'esclavage se font toujours sentir », écrit le journaliste Christian De Brie - et il ajoute: « Jusqu'à nos jours, on a surtout indemnisé les esclavagistes, contraints de céder à leurs victimes les biens qu'ils avaient usurpés. Haïti a payé à la France, jusqu'en 1946, 150 millions de francs-or destinés à rembourser les colons après la conquête de l'indépendance en 1804 ». Aux Etats-Unis, des juristes ont mené avec succès le combat des réparations aux victimes de l'Holocauste (les Allemands les avaient précédés). « Ils ont trouvé les modalités nécessaires. Comment justifier la position prise à Durban par les Américains et les pays européens pour que la question des réparations ne soit même pas posée ?  On ne peut pas séparer le problème du racisme de celui de la discrimination entre riches et pauvres. Là où persistent les inégalités économiques, sociales et juridiques, prospèrent le racisme et la justification idéologique de la supériorité des uns et de l'infériorité des autres, maintenus dans un état de dépendance, humiliés et persécutés. Il serait donc léger de tourner le dos à un passé toujours présent ».

Pour ces raisons, les pays africains demandent des réparations, et cela sur quatre plans : moral, historique, scientifique et économique (voir annexe D).

La Conférence, qui devait se terminer le 7 septembre, a été prolongée au lendemain 8 septembre. Elle a abouti à la reconnaissance de la part de la délégation européenne de l'esclavage comme crime contre l'humanité et cela grâce à l'intervention du Président de l'Afrique du sud M. Mbeki après que la délégation européenne avait pensé quitter la Conférence. Après avoir fait effacer la partie du texte où cette reconnaissance impliquait des réparations économiques et bien que cette reconnaissance fût prononcée du bout des lèvres, c'était une première mondiale dans un contexte international. Le 7 septembre, avant la fermeture de la conférence, les journaux avaient déjà publié des articles sur l'échec de la conférence en ne prêtant attention qu'aux aspects négatifs de la chose.

Un autre sujet tabou de la Conférence était celui des Dalits. Il semble que 250 millions de personnes ne suffisent pas pour justifier une discussion sur la discrimination entre les castes. L'influence économique et politique de l'Inde a imposé le silence. La délégation de l'Inde a travaillé très dur pour faire retirer du texte du document toute allusion à la discrimination entre castes. Dès la Prep-Com d'ailleurs, le délégué indien s'était opposé à un paragraphe qui mentionnait les castes comme source de racisme. Et le consensus a été général.

Et qui a parlé des 2000 migrants morts depuis 1993 en tentant de franchir les frontières de l'Europe, dans les camps de détention, dans les commissariats, dans les centres d'accueil ?

Certes, on ne pouvait pas s'attendre à une solution des problèmes séculaires liés au racisme et à la discrimination pendant la Conférence. Mais l'importance de cette rencontre internationale réside dans le fait d'avoir donné la voix à toutes les victimes du racisme, bien que la presse les ait ignorées, et d'avoir jeté les bases d'un travail futur qui allie les organes internationaux de défense des droits de l'homme et les ONG du monde entier. La proposition de Mme Robinson de créer au sein du HCDH une unité « antiracisme » devrait se matérialiser avant la fin de l'année.

Propositions de l'ISC à l'HCDH pour les activités de suivi à la WCAR et le Forum des ONG (voir Annexe 6)

La Déclaration et le Plan d'action de la WCAR existe jusqu'à ce jour en version non officielle et inédite (voir Annexe G).

Du fait que d'excellents meetings et débats ont eu lieu à Durban et que d'importants progrès ont été faits sur un grand nombre de questions dont la Conférence s'inspirera dans les années à venir, et quoique les conflits entre Israéliens et Palestiniens aient parfois demandé l'intervention de la police, nous considérons que la Conférence a été un succès. Durban est une ville agréable, et les gens de Durban sont amicaux et décontractés.

Nous remercions l'ARIS et toutes les personnes qui, par leur généreuse contribution, nous ont donné la possibilité de promouvoir l'action de l'ARIS dans la lutte internationale contre le racisme et de vivre une expérience unique et inoubliable.

 
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